Que ce soit en tirant un objet banal vers une abstraction très plastique, ou en re-photographiant une image existante, Sebastian Riemer attire notre attention sur des fragments du réel restés au bord du dévoilement.

Formé à l'Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf, où il a notamment étudié deux ans avec Thomas Ruff et Christopher Williams, Sebastian Riemer questionne tout autant l'image photographique que sa matérialité. A contre-courant des pratiques contemporaines qui manipulent l'image avec des outils numériques, il concentre son regard et son geste sur un détail ou sur les multiples couches qui composent l'image originale pour mieux la révéler.

Sebastian Riemer travaille ainsi la surface du visible selon un balayage technique rigoureux.

 

"Je travaille avec la photographie" - texte de Sebastian Riemer

Mon travail utilise la photographie pour analyser des choses qui nous entourent, des détails qui ne retiennent pas notre attention. Je recherche et collecte du matériel et des motifs lors de mes pérégrinations, notamment en chinant dans des brocantes. Mais jamais sur Internet.

Je suis fasciné par des choses qui ont été exposées pendant un certain temps à des facteurs indépendants de la volonté de leurs auteurs. En particulier quand elles ont connu des situations qu'on peut deviner en examinant leurs nouveaux contextes ( par exemple, le design d'un haut-parleur trouvé dans la rue ou des affiches publicitaires ayant subi les âfres du temps). Je fais des images qui semblent répéter quelque chose déjà fait. Mais grâce à la technique de l'agrandissement et une mise au point égale sur l'ensemble de l'image photographiée  se dégage dans un deuxième temps une sorte d'aspect irréel de l'image.

Je considère mes travaux comme des plateaux d'argent sur lesquels je présenterais au spectateur des choses photographiées. Mais sans lui laisser la possibilité de les atteindre. Parce que ces choses ont été transformées en images. C'est pourquoi j'essaie de trouver une solution qui tient du désir de faire justice aux motifs plutôt que de simplement les utiliser. La plupart de mes travaux sont des repro photos. "Copiées" par la caméra, avec une précision extême, une netteté égale sur l'ensemble de l'image. Une image belle et simple, Une chose comme la photographie, directe, sans retouches, hyper-réelle.

La photographie, image plate en 2D prise à partir de l'image trouvée doit créer un sentiment de sauvegarde. Qui pourrait s'apparenter au masque en plâtre qu'on fait sur une personne décédée.

Je tiens à faire parler ces images et je suis alors prêt à minimiser au maximum toute mon influence picturale. Choisir et recadrer.
Disparaître en tant qu'auteur des mes oeuvres. 

L'idée de la photographie comme fenêtre ouverte sur le monde est pour moi devenue obsolète. La photographie est un objet à part entière. Je n'aime pas que certaines choses disparaissent. Je préfère les photographier et les montrer. Je me considère comme un collecteur et archiviste d'images créées par des procédés photographiques qui ne renient pas leur origine, c'est a dire d'images nées d'une expérience visuelle.

En ce sens, la qualité sur-réelle de la repro photographie m'aide beaucoup : des surfaces réelles sont transférées sur des surfaces plates irréelles. Réalité versus Imagination. Comme des cils réels qu'on mettrait sur des masques mortuaires en plâtre.