La peinture de Karine Hoffman est une exploration du destin de l'humanité et de ses souffrances. A travers son histoire personnelle, l'artiste propose une peinture de l'oubli, c'est-à-dire une peinture qui évoque la possibilité d'une reconstruction personnelle et collective, cette dernière étant liée à la perte du souvenir douloureux. Elle soulève ainsi un paradoxe existentiel : qui a connu l'horreur doit pouvoir faire de la place, qui n'a été que témoin est condamné à la mémoire et à sa perpétuation. Pour Karine Hoffman, l'héritage familial personnel, transmis en particulier par son grand-père polonais déporté au camp de Auschwitz, apparaît selon ses propres termes comme « un vaste coffre à jouets ». Elle s'appuie notamment sur le concept de survivance défini par Aby Warburg, selon lequel le monde des formes obéit à un modèle « fantômal, psychique, symptômal », invitant une fiction par le biais de l'hybridation de rémanences du paysage plastique avec des formes énigmatiques. La palette de l'artiste mêle des couleurs sourdes (gris, brun, ocre, vert foncé) à des tonalités spectrales, soulignées par la présence du fluorescent, lequel suggére une lumière presque radioactive semblant émaner des objets eux-mêmes.

Théo-Mario Coppola